J'étais dans une phase de reconstruction émotionnelle. Sur cette photo, je suis avec un beau brun ténébreux, des cheveux mi longs, le regard profond, une beauté captivante! Il souri sur cette photo. Il a l'air sûr de lui, détendu. Bien sûr, je repense à ce week-end du 14 juillet, quelques années plus tard. J'avais invité ma meilleure amie à manger chez moi avec son mari. Cela faisait longtemps que l'on ne s'était pas vu. L'ambiance était bon enfant, on a beaucoup ri. Je me rappelle qu'on était bien, on était heureux, insouciant. jamais, on aurait pu y penser ou se douter que quelque part sur Paris dans un appartement, ton appartement de standing, tu était seul. Jamais, nous n'aurions pu savoir, que pendant que nous festoyons gaiement, un drame se prépare, une histoire, ton histoire, celui d'un homme étrangement beau, presque trop, fragile, qui se cherche et cherche un sens à son existence. Ton frère, ce soir là, est assis à ma table, car le mari de ma meilleure amie, c'est ton frère que je connais depuis longtemps puisque vous habitiez en face de chez moi à l'époque. C'est leur couple et leur amour qui m'ont conduis vers toi. A force de sortir tout les quatre ensembles, c'était inévitable qu'une grande amitié nous lies. J'avais des blessures silencieuses dans le coeur et tu en avais aussi. On sait compris sans un geste, un mot de trop. Tu parlais beaucoup, tu refaisais le monde, moi, je t' écoutais captivée par ton discours, éblouie par ta beauté intérieure qui était si belle plus que ce corps que dieu avait fait parfait; Des jours a passé tout ce temps ensemble sans rien dire, puis à parler à bâtons repus pendant des heures. Je me souviens d'un jour d'une grande chaleur: c'était un matin, je dormais, j'avais ouvert la fenêtre de ma chambre en grand, quand, j'ai entendu un bruit qui m'a fait sursauté et criée dans l'affolement. Je t'ai vu là, atterrir de je ne sais ou. Choquée et ravie, éblouie encore une fois par ton audace. Quelle folie quand j'y pense, j'habitais au 3ème étage! Tu m'as dis viens, on va faire un tour. Et je n'ai pas cherché à comprendre, je t'ai suivi sans rien dire. Fatalement, on est sorti ensemble, comment aurions nous pu l'éviter? On s'est beaucoup apprécié et respecté, mais je crois que nous étions plus doués toi et moi pour l'amitié que pour l'amour. Tu passais beaucoup de temps avec tes copains de quartier qui étaient peu fréquentables, matchos et peu respectueux des femmes. Je n' ai jamais compris ce que tu faisais avec eux, ils n'ont jamais su qui tu était vraiment, un poète, un philosophe de la vie, un rêveur, les pieds sur terre, la tète dans les nuages. Ce qui te plaisait dans le fond, c'était d'être toujours là ou on t'y attendais le moins. Je t'ai écris beaucoup puis je t'ai quitté parce que tu ne m'as pas laissé d'autres choix. Notre amitié est restée intacte. Tu avais de gros problèmes de communication avec ton père qui était très dur avec toi et tu en as toujours beaucoup souffert. Tu étais très protecteur avec ton petit frère qui était autiste et je t'admirais pour cela. Les études supérieures, nos chemins qui se perdent, se croisent, le tourbillon de la vie nous emmène chacun de notre coté. J'ai des nouvelles de toi par ton frère, parfois bonnes, parfois mauvaises, tout s'enchaînent. J' apprends que tu as réussi financièrement, tu as un poste important, un bel appartement à Paris, tu mènes grand train mais tu es toujours sentimentalement seul. Après moi, tu as quelques histoires d'amour mais elles finissent toutes par te quitter, ou comme à chaque fois tu as fais en sorte qu'elles te quittent.
En plaisantant, je t'appelais le prince maudit de l'amour et cela te faisait beaucoup rire. Je ne sais pas ce qui c'est passé dans ta tête ce jour là. Je ne sais pas si tu étais seul ou avec quelqu'un. Je ne sais pas si la solitude a été un poids trop lourds à porter. Je ne sais pas à quel point tu pouvais être désespéré ce jour là, à quel point le néant , c'était emparé de toi. J'aurais voulu que tu m'appelle, que tu te confie comme autrefois, j'aurais été là en silence ou par la voix mais tu ne l'as pas fait. Quel mal t'a rongé au point de prendre le dessus sur ton goût de rire et de jouir de la vie.
J'ai peu de regret mais si je dois en avoir un , cela serait de ne pas avoir été là pour te raisonner, te tendre une main, te sauver de la nuit pour te ramener à la lumière. Ce 14 juillet là, tu as décidé seul de mettre fin à ta vie, ce 14 juillet là, ta dernière ex petite amie, t'a retrouvé pendu dans ton bel appartement Parisien immense mais vide. Que s'est il passé, nul ne le saura jamais. Tu semblais avoir tout pour être heureux, un charme fou, une réussite professionnelle, un appartement de standing à Paris dont tu étais si fier, mais tout cela n'était qu'une façade, n'est ce pas? Une façade pour la galerie mais j'ai toujours été sûre que tu cachais un mal être intérieur, que tu me laissais paraître parfois presque inconsciemment.
J'aime à croire que les êtres qui sont appelés trop tôt au ciel, deviennent des anges. C'était un 14 juillet et ce jour là, un ange est monté au ciel, sur terre, il s'appelait Jean Michel!
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